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Philosophie réaliste et dimensions de la personne humaine

dimanche 5 mars 2006



Stéphane-Marie Barbellion, f.j. 10/10/2005

La philosophie est-elle seulement un brassage d’idées ? C’est l’impression que donne la multiplicité des positions des philosophes sur les pourtant mêmes questions. La philosophie réaliste permet de mettre un ordre dans cette diversité d’opinions philosophiques, d’en trouver le fil rouge. La philosophie réaliste ne part pas d’une opinion personnelle, mais d’une expérience humaine externe et universelle. Ce point de départ peut être partagé par tout être humain, et il exige de se plier à une objectivité dès le début.

Le premier grand traité de philosophie réaliste est constitué par l’œuvre d’Aristote.

1°/ Pas d’a priori

Aristote rejette les idées platonicienne et les incohérences contraires à l’expérience soutenues dans les philosophies présocratiques. En philosophie réaliste il n’y a effectivement pas d’a priori, pas de départ sur de vagues opinions ou influences culturelles ou médiatiques. On reprend tout dès le départ, et un départ qui est le réel tel qu’il est. Non pas davantage d’exclusion de questions ou de problèmes dans cette recherche de sagesse. Pas de question qui, comme telle, puisse être repoussée ou jugée taboue.

2°/ Amour de la sagesse

Aristote désire que chaque partie de la philosophie aboutisse à un mode d’exercice de la sagesse (sophia ; philosophia signifiant donc amour de la sagesse). La philosophie réaliste veut atteindre les plus hautes causes et les plus hautes explications de la vie de l’être, de l’homme et de l’univers.

3°/ Aristote a voulu atteindre l’ensemble des dimensions de l’homme.

-   philosophie éthique (Ethique à Nicomaque),
-   philosophie de l’art, du travail (Poïétique),
-   philosophie de la communauté (Politique),
-   philosophie du vivant (Traité de l’âme)
-   philosophie de la nature (Physiques),
-   philosophie première (appelée Métaphysique)
-   philosophie réflexive (Organon), outil au service de chaque branche de la philosophie, elle étudie la connaissance humaine : comment je connais, comment je forme un concept, un jugement, un raisonnement. Aristote distingue la philosophie ou l’intelligence pratique qui peut être qualifiée par des vertus comme la prudence et l’intelligence contemplative qualifiée par des vertus comme la sagesse (sophia). Les mathématiques ne sont pas sagesse, mais raisonnement.

D’autres traités d’Aristote ne sont aussi directement philosophiques, mais de science (traités de biologie, zoologie, botanique, astronomie, médecine...) Aristote s’est ouvert à la science au terme, comme s’il voulait apporter à la science un dialogue avec la philosophie, une explicitation. Aristote veut atteindre l’ensemble des dimensions de l’homme, c’est ce qui donne une grande actualité aujourd’hui face à une philosophie contemporaine cantonnée à un regard plus limité. Aristote cherche des réponses à ses questions en s’appuyant sur le monde tel qu’il est.

4°/ Un réalisme appliqué

Je ne m’intéresse pas au réel à fonction de moi mais j’essaie de me laisser former par lui : a. Au point de départ je ne sais rien. Je suis une table rase. b. Ce que je sais je l’ai donc reçu de l’extérieur du réel tel qu’il est, et la porte d’entrée de ma connaissance, ce sont mes sens. Aristote (contrairement à Descartes) fait confiance à ses sens. Dans 99% des situations de ma vie, je fais confiance à mes sens. Même si parfois ils peuvent nous tromper, je sais, à des exceptions près, dans quels domaines. On ne peut pas dire que fondamentalement nos sens nous trompent. c. J’acquiers la connaissance petit à petit, toujours à partir du réel, connaissance sensible et connaissance conceptuelle (du premier degré de l’abstraction ou concept ’flou’, jusqu’au au concept exprimable). La connaissance sensible fait une première étape synthétique dans l’imaginaire et la mémoire, puis l’intelligence puise dans ce donné dans la mesure ou il a été accompagné d’un réel contact avec la réalité, dans la mesure où j’ai pu porter un jugement d’existence sur tout ce dont je me sert pour conceptualiser et juger.

À partir du monde, de la réalité qui m’entoure, je peux me connaître. L’Oracle de Delphes avait émis ce message pour Socrate : « Connais-toi toi-même ». Cette exigence comprise au sein de la philosophie d’Aristote, donnerait : tu te connaîtras toi-même dans la mesure où d’abord tu chercheras à connaître le monde qui t’entoure.

Le réalisme dans l’art : lorsque je connais la matière, lorsque je me conforme à ses exigences, alors je peux la dominer, et en faire une œuvre, une finalité. Mais je dois d’abord apprendre à me plier à ses exigences. Le réalisme en éthique : il faut apprendre à se donner pour conserver l’amitié. La véritable amitié exige la vertu. Le véritable amour est extatique : on sort de soi. La philosophie réaliste montre qu’il y a plus de joie à donner qu’à recevoir. Si je n’apprends pas à me donner, je ne recevrai jamais. On ne modèle pas son ami, son mari ou sa femme, on respecte leur personne et on accepte leur limite et réciproquement. On apprend à connaître celui qu’on aime et on s’adapte à lui car il y aura toujours des choses qu’on ne pourra pas changer, en lui comme en soi-même. Si l’on part d’une idée trop subjective du bonheur, on vit dans l’illusion, on se trompe et on s’abîme dans l’attente d’une félicité idéale. L’amitié et le bonheur n’exigent pas la perfection, par contre ils exigent le don de soi et l’accueil de l’autre, l’amour de l’autre pour lui même, autant que de soi-même. L’amitié est basée sur un choix libre que l’on est amené à réactualiser chaque jour. La vertu sur un tel chemin est donc indispensable, un effort quotidien à entretenir. Le réalisme dans le vivant : la vie ne s’exerce qu’en dépendance de l’autre, du milieu ambiant, de la nature. Tout vivant a besoin constant du monde qui l’entoure, et il est amené ainsi à devoir le partager avec ses semblables. Le réalisme pousse aussi à reconnaître que la matière seule ne suffit pas à expliquer le vivant et encore moins l’homme. Le réalisme en philosophie de la coopération : en vie commune peut-on perpétuellement chercher ou imposer sa propre satisfaction ? Il y a des concessions à faire pour permettre un bien commun, établit pour le bien de tous. Toujours vouloir "tirer les draps de son côté" : une telle attitude entraîne l’exclusion, l’isolement. Au contraire, en valorisant un principe de coopération extérieur à chacun mais concernant toute la communauté, on établit les conditions de la paix et d’une justice. Il faut certes laisser une part de son indépendance individuelle pour participer à l’élaboration du bien commun, mais c’est un réalisme nécessaire pour vivre ensemble. Un critère de maturité chez les enfants est la capacité à rechercher non pas leur intérêt personnel mais celui du groupe. Le réalisme en métaphysique : je mets en exergue spécialement le jugement présent au sein de tous mes jugements sur le monde qui m’entoure et sur moi-même : le jugement d’existence. Puis je considère la réalité en tant qu’elle est précisément. Qu’est-ce que c’est qu’exister, qu’est-ce que l’être ? En vue de quoi j’existe ? Par ces questions, j’introduit la démarche qui conduit à la découverte des principes de ce qui est en tant que tel. Enfin je me poserai la question finale : existe-t-il un Être supérieur, un Être premier, à qui je sois redevable de ma propre existence ?

5°/ Autonomie de la pensée.

L’autonomie de la pensée signifie aussi autonomie à l’égard de la science. Je ne veux pas faire une philosophie qui dépende de la science, des instruments de la science, laquelle peut changer (à l’instar des atomistes qui ont fait une philosophie à partir de la science de l’époque - de l’eau à la vapeur, aux atomes -, comme chez Épicure par exemple...). Cette autonomie s’exerce aussi à l’égard de la matière : ce n’est pas un agencement de matière, aussi complexe soit-il, qui me permettra de construire un concept, par exemple « l’animal ». Mon plus beau laboratoire, c’est mon expérience en référence constate avec le réel tel qu’il est, c’est le monde dans lequel je vis.

6°/ Les sept dimensions de la personne humaine et ses deux modalités.

Quelles sont les grandes dimensions de la personne humaine, voire ses étapes de développement ? M.-D. Philippe dans un des ses derniers ouvrages (Retour à la source, Fayard, 2005) présente sept dimensions caractéristiques, sept éléments constitutifs de la personne, ainsi que ses deux modalités :

1- L’ autonomie dans l’ordre de l’être, qui s’analyse spécialement en philosophie première 2- La recherche de la vérité, première dimensions spirituelle. 3- L’amour d’amitié, fin de la personne, qui s’analyse spécialement en philosophie éthique (exemple : la finalité de la personne : aimer, se donner) 4- La prudence (qui régit les vertus de la sagesse pratique). 5- L’art, le travail, le milieu de la personne 6- Le corps, conditionnement substantiel de la personne. 7- L’ouverture de la personne humaine à une Personne première et à l’immortalité. La recherche de la sagesse ultime. Mais on ne peut expliciter ce septième élément caractéristique qu’après avoir fait la démarche métaphysique de découverte de l’existence d’un Être Premier, d’une Personne première.

Puis les deux modalités de la personne :
-  L’homme et la femme

Chaque expérience doit nous permettre de faire un pas vers la sagesse. Des questions essentielles doivent être résolues de notre vivant, et les réponses à ces questions doivent permettre d’ordonner sa vie. La complexité de la personne humaine, ses multiples dimensions montrent toute l’importance de la philosophie qui plus que toute autre connaissance, pour ne pas dire la seule, veut trouver l’unité, la raison d’être et la finalité de l’existence humaine.

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